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2 (1863)
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ŒUVRES DE HENRI HEINE.

ligieux, et l’on disait qu’il fallait exterminer ceux quiavaient jadis crucifié Notre Seigneur. Chose étrange!justement le peuple qui avait donné un Dieu au monde,et dont toute la vie ne respirait que la crainte de Dieu,fut décrié comme déicide ! Nous vîmes la parodie san-glante d’une telle démence, alors qu’éclata la révolutionde Saint-Domingue, où une bande de nègres qui saccageales plantations et massacra les créoles, avait à sa tête unfanatique noir, qui portait un immense crucifix et hur-lait comme un forcené : Les blancs ont tué le Christ, al-lons tuer tous les blancs !

Oui, c’est à ces mêmes Juifs, auxquels le monde doitson Dieu, qu’il est aussi redevable de la parole divine,de la Bible: de même qu’ils la sauvèrent du sac de Jéru-salem, ils surent la sauver aussi plus tard, lorsque éclatala grande débâcle, je dirais la banqueroute de l’empireromain, et que les peuples du Nord, se ruant sur l’an-cien monde païen, le détruisirent et fondèrent sur sesruines un nouveau monde, aussi barbare qu’eux-mêmes.Durant toute cette période tumultueuse, que nous nom-mons celle de la migration des peuples, et pendant toutle moyen âge, siècles de superstitions et de rapine, lesJuifs, quoique harcelés sans relâche et vivant dans latourmente d’une fuite continuelle, conservèrent pour-tant intact leur précieux dépôt, les saints livres, jus-qu’au jour où le protestantisme parut et vint les cher-cher chez eux, pour les traduire dans les langues de tousles pays et pour les répandre par tout l’univers. Cette