DE l’aLLEMAGNE.
255
seul homme, ou, pour mieux dire, à cause d’un seulhomme. Ce qui les caractérise, c’est un certain cancan,qu’elles transportent aussi dans la littérature, et qui m’estplus insupportable que les plus grossières calomnies desécrivains de mon sexe. Nous autres hommes, nous men-tons quelquefois, et nos mensonges sont peu délicats.Les femmes, comme toutes les natures passives, saventrarement inventer ; mais elles ont le talent de défigurerles faits existants d’une manière si perfide, que ces fal-sifications raffinées sont plus nuisibles que les inventionsgrossières des hommes. Je crois que feu mon ami Balzacavait véritablement raison, quand il me dit un jour d’unton très-affligé : La femme est un être dangereux.
Oui, les femmes sont dangereuses; je dois pourtantajouter que les jolies femmes ne sont pas aussi dange-reuses que celles dont les qualités reposent plutôt dansleur esprit que dans leur physique. Car ces dernièressont moins indolentes, elles vont au-devant de l’amour-propre masculin, et s’attachent un plus grand nombre decourtisans par la glu de la flatterie. Je suis loin de vou-loir donner à entendre par là que madame de Staël aitété laide, — nulle femme n’est laide; —mais je suis endroit d’avancer que, si la belle Hélène de Sparte avaiteu sa mine, toute la fameuse guerre de Troie n’auraitpas éclaté, la fière cité de Priam ne serait pas devenuela proie des flammes, et Homère n’aurait jamais chantéla colère d’Achille, fils de Pélée et de Thétis aux piedsd’areeut.