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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
vieille lyre enchantée, et dans un poème tragi-comiqueje m’abandonnai à toutes les merveilleuses exagérations,à toute l’ivresse du clair de lune, à toute la magie bouf-fonne de cette folle muse que j’avais tant aimée autrefois.Je sais que ce fut là le dernier chant du véritable vieuxromantisme et que je suis son dernier poète. L’ancienneécole lyrique allemande a pris fin avec moi, tandis quej’inaugurai en même temps la nouvelle école, la poésielyrique moderne de l’Allemagne. Cette double missionde destructeur initiateur m’est attribuée par les historiensde notre littérature. Il ne me sied pas de parler là-dessusavec développement, mais je puis du moins dire à bondroit que j’ai joué un rôle important dans l’histoire duromantisme allemand, et c’est pour cette raison quemon livre de VAllemagne, où j’ai voulu présenter aussicomplètement que possible l’histoire de l’école roman-tique d’outre-Rhin, ne devrait pas manquer de rensei-gnements sur l’auteur lui-même.
J’ai donné dans ce livre une suite de monographiessur les principaux poètes romantiques de'mon pays, etj’aurais dû y ajouter mon propre portrait. En ne le fai-sant pas, j’y ai laissé une lacune à laquelle je ne sauraisi remédier aisément. Me portraïre moi-même serait untravail non-seulement scabreux, mais impossible. Jeserais un fat si j’étalais amplement le bien que je pour-rais dire de moi, et je serais un grand sot si j’exposaisaux yeux de tout le inonde les défauts que je me connaispeut-être aussi parfaitement, puis, avec la meilleure