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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
cent peuples pendant de longs siècles, soyez l’amant deSémélé, de Danaë, d’Europe, d’Alcmène, de Léto, deIo, de Léda, de Calisto !—de tout cela il ne restera à lafin qu’un vieillard décrépit, qui, pour gagner sa misérablevie, se voit obligé de se faire marchand de peaux delapin , comme un pauvre Savoyard. Un pareil spectaclefera sans doute plaisir à la vile multitude, qui insulte lelendemain ce qu’elle a adoré la veille. Peut-être parmices bonnes gens se trouvent les descendants de ces mal-heureux bœufs qui furent jadis immolés en hécatombessur l’autel de Jupiter : qu’ils se réjouissent de sa chute,qu’ils le bafouent à leur aise pour venger le sang de leursancêtres, victimes de l’idolâtrie; quant à moi, mon âmeest singulièrement émue, et je suis saisi d’une doulou-reuse commisération à la vue de cette auguste infortune.
Cet attendrissement m’a peut-être empêché d’atteindre,dans mon récit, à cette sérénité sérieuse qui sied si bienà l’historien, et à cette gravité austère qu’on n’acquiertqu’en France. Aussi j’avoue avec modestie toute moninfériorité vis-à-vis des grands maîtres de ce genre, et enrecommandant mon œuvre à l’indulgence du bénévolelecteur, pour lequel j’ai toujours professé le plus grandrespect, je termine ici la première partie de mon histoiredes Dieux en exil.