DE L ALLEMAGNE.
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quoique ravagés et délabrés, conservaient des tracesd’une ancienne beauté ; ils étaient nobles et d’une régu-larité parfaite. De rares mèches de cheveux argentésretombaient sur un front ridé par l’orgueil et par l’âge;ses yeux, quoique fixes et ternes, lançaient des regardsacérés, et sa bouche fortement arquée prononça en lan-gue grecque, mêlée de beaucoup d’archaïsmes, ces motssonores et harmonieux : — « Vous vous trompez, jeunehomme, je ne suis ni un fantôme ni un malin esprit; jesuis un infortuné qui a vu de meilleurs jours. Mais vous,qui êtes-vous? »
À cette demande, les marins mirent leur hôte au faitdu sinistre qui les avait écartés de leur route, et ils leprièrent de leur donner des renseignements sur tout cequi concernait l’île ; mais le vieillard ne put guère satis-faire à leurs désirs. Il leur dit que de temps immémorialil habitait cette île, dont les remparts de glace lui of-fraient un asile sûr contre ses implacables ennemis, quiavaient usurpé ses droits légitimes; qu’il vivait principa-lement du produit de la chasse aux lapins dont File re-gorgeait ; que tous les ans, à l’époque où les glaces flot-tantes formaient une masse compacte , arrivaient chezlui en traîneaux des troupes de sauvages auxquels il ven-dait ses peaux de lapin, et qui lui donnaient en échangetoutes sortes d’objets de première nécessité. Les baleines,disait-il, qui de temps en temps se dirigeaient vers sonîle, étaient sa société de prédilection. Cependant ilajouta qu’il prenait beaucoup de plaisir en ce moment