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ŒUVRES DE HENRI HEINE.
du cœur la petite race prévoyante. Pourtant, à la fin, leshommes s’aliénèrent par-leurs mauvais traits la bienveil-lance et la faveur des nains. Ceux-ci s’enfuirent et ja-mais aucun œil ne les revit depuis. En voici la cause :Un berger avait sur la montagne un magnifique cerisier.Un été, quand les fruits furent mûrs, il arriva que, pen-dant trois nuits de suite, l’arbre fut dépouillé et tout lefruit porté sur les planches et sur. les claies qui servaientordinairement au berger à conserver ses cerises. Les gensdu village dirent : « Cela ne peut être fait que par lesbraves nains qui trottent la nuit en longs manteaux, lespieds enveloppés, légers comme des oiseaux, et fontavec empressement l’ouvrage des hommes. On les adéjà guettés bien des fois, mais on ne les trouble pas;on les laisse venir et partir. » Ces discours rendirent leberger curieux, et il aurait bien voulu savoir pourquoiles nains cachaient leurs pieds, et si ces pieds étaientfaits comme ceux des hommes. L’an d’après, au retourde l’été, quand vint le moment où les nains cueillirentles cerises et les portèrent dans le fruitier, le berger pritun plein sac de cendre et le répandit tout autour del’arbre. Le lendemain, à la pointe du jour, il courut àl’arbre qu’il trouva entièrement cueilli, et vit les tracesde beaucoup de pattes d’oie sur la cendre répandue au-dessous. Le berger se mit à rire et plaisanta de ce queles nains avaient des pieds d’oie, de ce que leur secretétait découvert. Bientôt après, ceux-ci dévastèrent etdémolirent leurs maisons, se sauvèrent dans le fond de