INTRODUCTION 23
sans le dire, sans peut-Stre en avoir toujours conscience.Quand Louis Blanc explique que « la concurrence est pourle peuple un Systeme d'extermination et pour la bourgeoisieune cause sans cesse agissante d'appauvrissement et deruine », ce n'est que du sismondisme dramatise. Or, commentadmettre que Sismondi n'ait lu ni le Memoire sur la pro-priete ni V Organisation du travail, et n'ait pas 6te alarm6de voir sqjj denonciations de l'industrialisme aboutir autriomphe soit de l'anarchisme niveleur soit (pis encore)du robespierrisme egalitaire ?
Sismondi est mort ; et voici qu'arrive de Cologne äParis, avec le dessein de se mettre ä l'£cole des socialistesfrancais, un jeune philosophe de la gauche högelienne,un jeune revolutionnaire, qui s'appelle Karl Marx. Latäche qu'il s'est assignee, c'est d'appliquer ä la realüS eco-nomique et sociale, pour lui faire en quelque sorte prendrepied par terre, cette grande philosophie qui explique le deve-loppement de l'univers comme un jeu dialectique de contra-dictions sans cesse resolues, sans cesse renaissantes. Lesismondisme lui donne la clef du probleme qui l'occupe.La societe actuelle court ä sa ruine, conduit droit aucommunisme qui en est ä la fois la negation et la suiten£cessaire, en raison du caractere desequilibre, contradic-toire, de sa structure materielle. On peut soutenir sansparadoxe que le sismondisme, considere dans sa partiecritique, sert de base au Manifeste communiste, publikun peu plus de cinq ans apres la mort de Sismondi. Pour-quoi ne pas admettre que Sismondi pressentait avec terreurcette interpretation revolutionnaire de sa doctrine, et 6taitconsterne de voir que « rien ne düt se faire » pour emp6cher