vues d'histoire economique et sociale 105
volonte et l'intelligence de celui qui l'ex^cute ; il est tou-jours lie dans la pensee de celui-ci avec le resultat qu'il enattend pour lui-meme et pour ses enfants. II change chaquejour, et le plus souvent plusieurs fois dans le jour. II y asans doute une certaine habilete de la main, une regularite'et une aisance dans le m&me travail, qui naissent de l'habi-tude et qui se perdent quand on fait tour ä tour un grandnombre d'ouvrages ; mais cet avantage tout corporel estplus que compense' par le de>eloppement de l'intelligence,quand tous les mouvements du corps sont le resultat del'attention et de la volonte 1 . II y a pour la sant6, pour labeaute de la race, un prodigieux avantage ä developpertour ä tour tous les muscles, au Heu de fatiguer tout lejour toujours les m£mes, et de recommencer tous lesjours suivants. II est reconnu que, dans une certaine mesure,un travail delasse d'un autre presque aussi bien que lerepos. Enfin c'est de cette variet6 qu'on voit naitre dansla vie du pauvre metayer un inter£t, un amusementconstants. Dans les autres pays, l'homme de peine est siconstamment presse' par le besoin, qu'on ne tient aucuncompte pour lui de l'amusement ou de l'ennui de sontravail, qu'il n'oserait pas meme confesser que la mono-tonie de celui-ci l'ennuie. Cependant c'est de l'amusementou de l'ennui que dependent la jouissance ou la fatiguede la vie; et nous devrions mesurer le bonheur du pauvre,bien autant par l'amusement ou l'ennui qu'il eprouve,que par les aliments dont il se nourrit...
Le travail du paysan du val de Nievole a 6t6 immense,mais il a ete glorieusement r6compense\ II n'y a point depays peut-etre oü la classe qui accomplit tous les travaux deschamps soit mieux nourrie, mieux vetue, mieux logee, oü