42 SISMONDI
augmentation certaine de richesse. Le cultivateur quimange son ble lui-mfime n'h£sitera jamais ä dire qu'il estdeux fois plus riche avec vingt sacs de bl6 qu'avec dix sacs.II persistera ä compter ainsi, ou ä peu pres, encore qu'ilvende un ou deux sacs de ce bl6 qu'il se trouve avoir de tropcette annee, ä un prix inferieur ä celui auquel il aurait pules vendre 1'annee passee. La m£nagere qui file et tisse satoile elle-meme comptera aussi qu'elle est deux fois plusriche avec vingt aunes qu'avec dix, encore qu'il lui arrivede se defaire d'une ou deux de ces aunes ä un prix different.C'est l'etat primitif, l'6tat patriarcal de la soci6t6; lecommerce existe bien alors, mais il ne l'a pas absorbee toutentiere, il ne s'exerce que sur le surplus des produits dechacun, et non sur ce qui constitue son existence. II laisseaux richesses leur caractere essentiel de satisfaire auxbesoins de l'homme, et il n'empeche point que lorsqu'elless'accroissent en quantite, elles ne s'accroissent precis6-ment autant en valeur.
Mais la condition de notre siecle, le caractere de notreprogres economique, c'est que le commerce s'est chargede la distribution de la totalite de la richesse annuellementproduite, et qu'il a en consequence absolument supprime'son caractere de valeur utile, pour ne laisser subsister quecelui de valeur echangeable. A mesure que les professions,que les meliers ont fait place aux manufactures, la totalitede leurs produits a et€ livree au commerce, pour qu'il lesdistribuät; lorsque les grandes fermes ont €t€ substitu6esaux petites, la consommation du fermier en produits rurauxs'est trouvee si petite en proportion de la quantite qu'ildevait en vendre, que la presque totalite des fruits deragriculture est devenue partie de la richesse commerciale.