22 SISMONDI
Car Sismondi a sa maniere ä lui d'entendre le retour aumoyen äge. Pour Sismondi, le moyen äge, c'est la faiblessedu pouvoir central, le feddralisme, l'autonomie des villes.Pour Villeneuve, comme pour bien d'autres, c'est l'ordre,la hi£rarchie, le « sacerdotalisme » que Sismondi d6teste.En vue de definir une fois pour toutes l'ensemble de saPhilosophie sociale, Sismondi a l'heureuse id6e de r£unir,et de publier, sous le titre d'litudes sur les Sciences sociales,un vieux trait£ sur les constitutions politiques, qui, unequarantaine d'ann£es plus tot, n'avait pas trouve' d'6di-teur, et toute une s6rie d'extraits de ses ouvrages, opusculeset articles d'6conomie politique : l'ouvrage ne semble guereavoir attire" l'attention. « Je sors de ce monde, 6crit-il peude temps avant sa mort, (il mourut le 25 juin 1842) sansavoir fait aucune impression, et rien ne se fera. »
« Sans avoir fait aucune impression. » Combien il exagere,si vraiment il exprime bien ici le fond de sa pens£e ! Maisne veut-il pas plutöt dire qu'il a exerce" une influence autreque celle qu'il voulait, que son influence s'est exerc£e äcontre-sens ? Car il se developpe en France ce qu'on peutappeler un sismondisme de gauche, qui exploite son analysecritique du capitalisme pour la tourner au b£n£fice dusocialisme, alors que Sismondi est l'adversaire du socialismeautant que du capitalisme, ne voyant dans Tun et dansl'autre que l'envers et l'endroit d'une meme forme desoci£te, centralisante et oppressive. Quand Proudhon d^clareque la propri£te\ « c'est le vol», qu'elle est en d'autres termesidentique ä son contraire et constitue une notion contra-dictoire, qu'elle est non seulement « injuste » mais « impos-sible », c'est de Sismondi que constamment il s'inspire