C 94 )
mis. On élevoit au-dessus de tout la littérature clas-sique et les républiques anciennes. On n’entendoitparler pendant toute sa jeunesse que du sublime amourde la liberté, que de la grandeur des Grecs et desdomains, de leur sagesse, du charme de leur littéra-ture. Qu’arrivoit - il d’une telle direction d’idées querien ne conlrarioit, à cet âge où toutes les impressi-ons sont si vives et si profondes ? On sortoit de sonéducation payen en poésie et lépublicain en histoire ;l’imagination ainsi séduite et charmée, la raison aumoins ébranlée par les erreurs religieuses et politiquesdu paganisme, on entroit dans un monde réel oti l’ondevoit être chrétien'par conviction, et sujet zélé d’unemonarchie. La religion catholique paroissoit alors dureet sévère , dénuée de tous ces charmes brillans despoètes et des orateurs grecs et romains, repoussant , enquelque sorte, toute alliance avec les belles-lettres, étran-gère au cours ordinaire et raisonnable de la vie. Onétoit catholique par hazard ou par routine, soumis àun gouvernement monarchique par nécessité ou par con-venance; mais le cœur et l’imagination restoient sousl'empire des admirations de la jeunesse , enchantés dessouvenirs de la mythologie grecque et de la républi-que romaine. Ces dispositions dormoient au fonddes cœurs; mais quand, au milieu de l’affoiblissementdes institutions et des mœurs, des soi-disans philoso-phes saisis d’un fatal amour de la nouveauté, fruitde leur orgueil, vinrent à proclamer leurs systèmesimpies et. sauvages, dernières conséquences des prin-cipes du luthéranisme, ils ne firent que réveiller desdispositions inconnues peut-être à ceux même qui lesportoient, et leur donner, selon la vivacité et la fou-gue des passions de chacun, un développement qu’onn’a voit sans doute pas prévu , mais qu’on n'avoit pasmoins piéparé. Alors éclatèrent de toutes parts etle dégoût d’une religion trop austère, ennemie desarts et des belles-lettres, étrangère aux choses de cemonde, telles qu’elles s’y passent, et un violent en-thousiasme pour les républiques. Celle admirationd’abord indiscrète du charme des mythologies payen-nés et des républiques anciennes poussée par le tor-rent des nouvelles opinions, dégénéra bientôt eu itu-