introduite dans la constitution de cet ordre, divisionqui , séparant la noblesse en noblesse d’épée et noblessede robe , avoit altéré entièrement l’antique constitutionde la société. Et cependant la magistrature avoit re-teuu le privilège de juger si les lois que le pouvoirportoit étoient conséquences nécessaires des premièieslois. Placée entre le roi et le peuple pour éclairerla volonté de l’un par de sages et respectueuses re-montrances , pour contenir par une résistance passiveles abus de cette volonté, et pour exercer envers lepeuple un ministère de justice et de cliarité ; à l’exem-ple du clergé retiré dans le sanctuaire auguste des lois,séparée des passions quelle devoit juger cl réprimer,elle exerçoit aussi une sorte de sacerdoce et les mêmesprohibitions déplaisir, la même gravité de mœursétoient commandées à ses membres. Si la magistra-ture étoit la lumière du pouvoir, la noblesse militaireen étoit là force, et le libre et sûr exercice des de-voirs de tous les autres états reposoitsur sou courage ,sa fidélité, son dévouement. La noblesse de robelaisoit à la société le sacrifice pénible de toutes lesjouissances de la vie, de la liberté, des plaisirs. Lanoblesse militaire lui faisoit souvent le sacrifice de sonexistence même et presque toujours celui de sa fortune.
La considération dont jouissoit la noblesse n’étoitdonc que les égards et l’estime dûs à de nobles fonc-tions , considération qui soulenoit les uns, mainte-noit les autres, protégeoit chez tous l’accomplissementde tous les devoirs. L’esprit d’honneur qui devoit ani-mer les gentilshommes, n’étoit que le respect pour leslois, la protection de la foiblesse, le mépris de toutce qui n’éloit pas juste, et qu’ils dévoient repousserde toute la force de leurs âmes non moins que de cellede leurs armes. Fils aînés de la société, destinés àdéfendre les aînés de tous les rapports , si je puisme servir de cette expression, ils dévoient à leurscadets exemple et protection ; leur gloire étoit dansleur dévouement, dans leur fidélité. Les autres clas-ses de la société n’éloient inférieures que parce queles hommes qui les composoimil ne pou voient pastous, au même instant, être voués à l'étude et à laprotection des premières lois de l’ordre social ; et l’é-