DEUXIÈME PARTIE. 4^7
mort. Il faudrait attaquer vivement sa sensibilité ,Soit par quelque émotion profonde, soit par quel-ques violentes terreurs. Peu d’hommes raisonnentquand ils vont se tuer : aussi rien ne nous étonneplus que le suicide d’un homme d’esprit, d’un savant.C’est presque toujours une passion aveugle, un pré-jugé ridicule ; c’est même la sotte manie de l’imita-tation, et, par-dessus tout, l’indifférence religieuse ,l’incrédulité irréfléchie, qui poussent tant de misé-rables au suicide. « Après moi la fin du monde, s’é-crie l’homme du peuple qui va se jeter dans la rivière :je vais être bien débarrassé : quand on est mort, onne souffre plus. » Quel raisonnement faire compren-dre à cet esprit abruti, surtout quand il ajoutera àces beaux motifs , ce motif si concluant pour le vul-gaire : «Après tout, je fais comme tant d’autres ! »Qu’on dise après cela que la peur de l’enfer n’estbonne à rien ! sans doute il vaudrait mieux aimer lavie, parce qu’on aimerait ses devoirs, et aimer sesdevoirs, parce qu’on aimerait son Créateur. Maisconnaissez-vous beaucoup d’hommes capables de cetteraison supérieure ? Ne faites-vous pas un code pénalpour retenir par la crainte le méchant pendant cettevie ? Et puisque vous n’avez plus de châtimens aprèsle coup de hache, ne faut-il pas que la religion vienneépouvanter avec les siens ?... « A quoi bon, dites-vous ?l’homme qui veut mourir n’est plus utile à rien dansla société : peu nous importe qu’il continue devivre....» Sophisme anti-social : letat, sous peinede se détruire lui-même, ne peut rester indifférent