DEUXIÈME PAHTI12. 4»5
cher le mot : que sais-je, moi ? Et mille autres simi-litudes fort ingénieuses sans doute, quand on veutrendre plus sensibles les maux où les jouissances dela vie, mais fort peu solides quand on veut s’en ser-vir pour étayer un raisonnement. On voit du restecombien de preuves pour ou contre le droit de setuer peuvent résulter -de ces brillantes images : sil’on craint d’en perdre quelques-unes, qu’on ouvrele premier livre venu, où cette question soit traitée :qu’ou lise seulement les deux lettres de Rousseau ,qui a fait sur tout cela de fort belles phrases *.
La vie n’est rien de tout cela.
Pour recevoir un dépôt, un don, un vêtement ;pour être mis à un poste, jeté dans une prison, en-voyé en exil, la première condition c’est d’être quel-que chose. Donner, imposer, prêter la vie, sont dèsexpressions absurdes. A qui donner ? qui charger dufardeau ?
Ma vie, c’est moi vivant, tout simplement. Renon-cer à vivre , c’est donc renoncer à être ce que je suis,pour devenir autre chose.
Or, nous avons le pouvoir de le faire : en avons-
* Rousseau comprenait parfaitement la question : il l’aprouvé dans le premier paragraphe de sa seconde lettre quenous avons cité tout-à-l’heure. Du reste, il l’a traitée unpeu en rhétoricien. Après tout , il est beaucoup moinsblâmable à nos yeux comme philosophe que comme roman-cier : c’est encore trop une dissertation. Goethe, dans Wer-ther, nous semble s’être renferme davantage dans la situa-tion de son personnage.