DEUXIÈME PARTIE. 4
Dans une petite ville d’Allemagne, un charpentiermontait avec son fils à la pointe d’un clocher, poury réparer quelque chose. Tous deux étaient sur uneéchelle, au point le plus élevé. Tout à-coup le filstombe et se brise la tête sur la place. Quelques ins-tans après, le père redescend et dit : « C’est, moi quiai tué mon fils. Il montait devant moi; la tête luitourne , il n’a que le temps de m’en avertir, et chan-celle. J’allais périr avec lui : mon devoir était devivre , j’ai cinq autres enfans , il fallait sacrifier celui-là à leur bonheur : je l’ai précipité. Si je suis coupa-ble, punissez-moi. »
Avait-il le droit d’agir ainsi?
Oui.
Pourquoi cette solution différente ?
Parce que d’un côté je vois un père, une autorité ;de l’autre des égaux. Dix-neuf égaux ne font pas unsupérieur : dix-neuf millions ne le feraient pas da-vantage.
Or, dans lequel de ces deux cas se trouve l’état?Dans le premier ? Alors il n’a jamais le droit detuer ; alors la loi qui, par l’organe du général enchef, sacrifie une compagnie pour sauver un régi-ment, un régiment pour sauver une armée, est uneloi barbare, inique, une usurpation, de la force sur lafaiblesse. Alors vous voyez les conséquences. Le sol-dat qui jette ses armes et s’enfuit ne mérite aucunepeine ; sa rébellion est légitime.. t
L’état est-il dans le cas du père ? L’autorité, socialeressemble-t-elle à l’autorité paternelle ? Sommes-