PHILOSOPHIE.
4'12
n’hésitons pas à dire : non ; s’il y a pour punir le,forfait, ou garantir contre les crimes à venir, desmoyens aussi sûrs. La question est donc là : et nousne doutons pas que la peine de mort ne soit abolie,quand on aura trouvé ces moyens. Au reste, sans en-trer ici dans des considérations politiques qui deman-deraient de ^ongs développemens, nous faisons obser-ver que la solution est ici la même quetout-à-l’heure.L’état a le droit de défendre ses citoyens comme lepère celui de défendre ses enfans, comme tout hommecelui de secourir son semblable : il y a plus , avons-nous dit, cette protection est un devoir. Si pour pro-téger leur vie, il faut tuer, le coup de hache est légi-time: s’il est une autre garantie possible, c’est celle-làqu’il faut choisir.
Néanmoins, pour mieux faire sentir la différencedu droit social et du droit individuel, nous croyonsdevoir ajouter une question , qui peut embarrasserquand on réfléchit à la légitimité de la peine de mort.Nous poserons cette question avec des faits.
Vingt hommes sont errans sur un radeau, au mi-lieu des mers. Sans vivres depuis long-temps, aumoment de mourir de faim , ils prennent l’horriblerésolution de tuer l’un d’entre eux. Dix-neuf ont-ilsle droit de se liguer contre le vingtième, qui aurarefusé de consentir à cet affreux projet? ont-ils ledroit de le désigner comme victime? son devoir, àlui, est-il de céder à l’empire d’une aussi accablantemajorité, dans l’intérêt de cette majorité?
Non.