DEUXIÈME PARTIE, A27
peut y avoir impiété à demander. L’impiété consis-terait à demander le contraire de ce qu’on sait devoirêtre. Ainsi toute prière qui a pour objet quelquechose d’immoral ou de nuisible à la créature , estcondamnable, parce que nous savons que Dieu veutl’accomplissement de la loi, et le bonheur des êtres.Vous en concluerez , si vous voulez, qu’il faut de-mander fort peu de chose : que non seulement l’as-sassin est coupable quand il fait bénir son poignard ;qu’il est coupable aussi celui qui croit intéresser lasouveraine sagesse aux succès de son ambition, desa cupidité, de ses folles passions. Mais quel hommede bon sens oserait blâmer un fils de prier pour laguérison de sa mère , un homme de bien d’implorerles lumières qui lui manquent et la force dont il abesoin pour se soutenir d’ans la pratique de ses de-voirs ? Dieu , dira-t-on , ne peut pas condescendreà ces vœux de l’amour filial, car toutes les mèresseraient immortelles : il ne doit pas venir au secoursde l’homme sage , car il lui a donné, dit Rousseau ,la conscience pour aimer le bien, la raison pour leconnaître, la liberté pour le choisir. Nous répon-drons pour le premier cas, que la prière n’est méri-toire, n’est raisonnable, qu’autant qu'elle est accom-pagnée d’une résignation profonde à là volonté deDieu : fiat voluntas tua. A cette condition, où seraitl’impiété? Pour le second, nous renverrons à ce quenous avons dit au paragraphe de la liberté sur l’in-fluence extraordinaire de ces idées soudaines, de cetteforce supérieure qui nous surviennent on ne sait