CHAPITRE PREMIER.
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LES DEUX SUBSTANCES.
La première vérité pour nous , c’est, nous l’avonsdit, ce sentiment : Je pense.
Mais prenons garde : dans ces deux mots, ainsirapprochés* il y a déjà un avertissement. Je ne suispas cette pensée ; car celte pensée , n’étant ni telleidée, ni telle autre, n’est qu’une propriété, ou sil’on veut, une faculté par laquelle j’acquiers telle outelle idée; et par conséquent c’est une manière d’êtrede moi , la manière dont je suis; car pour être, ilfaut être quelque chose.
Je suis, et la manière dont je suis, c’est que jepense. Poursuivons maintenant.
Si ma pensée n’est pas moi , à plus forte raisontout ce qui la compose, c’est-à-dire la suite d’idéessur lesquelles j’exerce ma faculté, n’est pas moi.
Ainsi je ne suis ni la couleur que je vois, ni la formeque je palpe, ni les parties que je divise ou conçoisdivisibles, ni Dieu dont je comprends l’existence ;car voir, toucher, concevoir, comprendre, c’est sen-tir, c’est penser; et je ne suis ni le sentiment ni lapensée.
Un grand pas est fait; et, selon nous, tout ce qu’onpeut savoir est exprimé. Je ne suis pas un corps, car