io8 PHILOSOPHIE.
je pense à un corps; je ne suis pas la pensée qui con-'
çoit un corps : je suis ce qui pense.
Mais une page de science, dont on pourrait encoreretrancher la plus grandepartie, ne suffit pas à lacuriosité, et, nous devons ide dire, à l’orgueil del’homme. Yoici la difficulté qu’il s’est proposée.
2. Dans ces milliers d’objets qui remplissent mapensée , et l’envahissent lour-à-tour , se révèle cettevérité : il est autre chose que moi.
Ces autres êtres sont-ils de même nature?
Question extravagante ! qui croirait que de nosjours la philosophie ait consenti à se renfermer toutentière dans ce cercle étroit ?
Nous venons de le dire : nous ne pouvons connaîtrenotre nature. Comment donc la comparer avec d’au-tres?
Mais nous connaissons notre manière d'être. Voyons,a-t-on dit, si des manières d’être semblables peuventfaire soupçonner la même nature hors de nous.
i Q D’une part, se manifestent des pensées sem-blables aux miennes. Quelquefois, il est vrai, bornéesdans leurs conceptions , elles me rappellent les pre-miers essais de ma raison; quelquefois, au contraire,elles me ravissent vers les régions supérieures del'intelligence. Mais c’est toujours la pensée, et quelqu’en soit l’usage, je reconnais le même agent, et,ce qui m’étonne le plus , les mêmes moyens.
2 0 D’autre part, je vois l’insensibilité, l’ignorance‘de soi-même et des autres. Pline est Supérieur auVésuve qui l’engloutit, parce qu’il sait sa défaite et‘