PHILOSOPHIE.
1 26
leur nombre est épouvantable en comparaison decelles que nous pouvons atteindre.
Cependant la curiosité humaine est insatiable :infini dans ses désirs, borné dans ses moyens,l’homme serait le plus malheureux des êtres créés,si Dieu n’avait mis en lui un sentiment puissant quil’étourdit sur son ignorance et le console de ses fai-blesses. Je veux parler de la croyance .
Croire, dans l’ordre rationnel*, ce n’est plus dou-ter , ce n’est pas être sûr : c’est admettre comme vraile vraisemblable , c’est refuser de voir les motifs quipourraient faire hésiter encore ; et ce sentiment ,depuis l’opinion la plus légère, la plus frivole , jus-qu’à la conviction la plus sérieuse et la plus profonde,remplit l’énorme lacune qui divise le doute de lacertitude. C’est par lui que se déploie l’activité hu-maine : lui seul fait presque toute la vie morale.C’est lui surtout qu’il importe de régler : nous allonsl’étudier un moment.
’ Si tout est lié dans la nature , toutes les penséess’unissent aussi dans notre esprit par d’innombrablesrapports. Le besoin que nous avons de généraliser,la facilité que nous trouvons à le faire, nous rendprécieuses les plus simples analogies ; et un fait de-vient possible pour nous du moment qu’il ne contre-dit aucune de nos certitudes. Alors nous l’appelonsvraisemblable , et ce mot est bien fait, car dès qu’une
* Il est un autre ordre de croyances, nous en parleronstout à l’heure.