PREM 1 ÈRE PARTIE. 127
hypothèse n’est contradictoire à rien de ce qui est,c’est qu’elle ressemble en quelque chose à ce qui est.Forcés d’agir toujours, et par conséquent de toujoursjuger, il faut bien que nous nous attachions à cesvraisemblances, à défaut de certitude : il faut que lesdifférences s’évanouissent, et que nous n’apercevionsplus l’objet que sous un seul point de vue ; autre-ment le doute viendrait se jeter à la traverse , et ledoute est mortel. Il faut donc croire ; et nouscroyons.
Mais ces analogies peuvent n’être que très-super-ficielles, elles peuvent aussi se présenter en foule;elles peuvent être enfin tellement fortes, tellementnombreuses, qu’il ne manque à la croyance, pourêtre certitude, que la solution d’une légère hypo-thèse. On conçoit dès lors comment la croyance ades degrés illimités, et combien il est difficile de ladéfinir et de la soumettre à des règles.
En effet, tout en elle dépend des nombres et de laforce des motifs qui la déterminent. Mais ces motifs,qui fait leur nombre? qui fait leur force? Une com-binaison de conditions- si puissantes qu’on ne peuties dompter , si compliquées qu’on ne peut les ré-duire par l’analyse. Organisation , tempérament ,dispositions intellectuelles, éducation, habitudes,passions, servitude ou indépendance de l’esprit ,voilà des causes toujours agissantes, toujours mêlées,qui multiplient ou restreignent les motifs de noscroyances, et leur donnent une valeur ou arbi-traire , ou trop souvent inconnue de celui-là même