PREMIÈRE PARTIE^ lig
avec de l'habileté à manier les mots , de l’esprit pourinnover, et de l’audace pour mentir.
§ 3. Quel emploi doit-on faire du doute ?
On n’élève l’homme qu’avec des préjugés ; sa raisonen est pleine j et l’esprit le plus indépendant, avantde marcher seul, en a porté sa charge comme tousles autres.
On appelle préjugé un jugement adopté sans exa-men sur la foi d’autrui.
Ce jugement peut être juste, il peut être faux.Heureux celui qui n’en reçut que de bons !
Ainsi , un enfant veut tout savoir et ne peutpresque rien découvrir : il questionne; et vous ré-pondez. Tourmenté par le besoin de s’expliquer toutce qui existe , il applique aux objets qui l’entourentl’idée de cause qu’il a sentie. Qui m’a fait? qui a faitmon père, ? qui a fait ces arbres, ces gazons , ces ani-maux, ce soleil ? Vous devancez son intelligence troplente à répondre ; vous lui dites : Un Etre que tu nevois pas, et qui te voit ; un Etre qui n’est soumis àrien, et qui peut tout; qui n’a pas commencé,comme toi, et par qui tout commence , etc. Jesuppose que vous acheviez la réponse ; qu’elle soit* toujours juste, toujours comprise; et elle le sera sielle est juste, car votre parole ne fait que féconderun germe déposé dans sa pensée. Eh bien, néan-moins c’est uu préjugé. Ce jugement n’est pas à lui ,il vient de vous. Dieu veuille qu’un jour il le fasse