Aussi, qui est-ce qui doute? personne.
Rassemblez le genre humain tout entier : jetez-luitoutes les questions qui peuvent exercer l’intelli-gence. Voyez-vous comme chacun se précipite pouren ramasser une, deux, le plus qu’il pourra ? Cellesqu’il rejette , après les avoir lues, lui sont indiffé-rentes : celles qu’il garde, ne fut-ce qu’un instant ,ont leur solution , vraie ou fausse"; soyez-en sûr.
§ i. Peut-on commencer la science par le doute ?
Non : la vie de l’intelligence commence par desvérités. Si elle commençait par le doute, elle s’étein-drait dans ce doute.
L’enfant qui vient de naître sait qu’il existe , etn’en a pas douté : il sait les sensations qu’il éprouve,et n’en a pas douté. Ses premières volontés, ses pre-mières réflexions , ses premières connaissances n’au-ront jamais été une question pour lui, n’en serontjamais une.
Le philosophe a beau faire, il ne pourra jamaisébranler les pierres fondamentales de l’édifice pourvoir ce qu’il y a dessous. C’est une folie de commen-cer la science par un point d’interrogation.
Nous allons plus loin : sans croire aux idées in-nées, dont la théorie n’aboutit après tout qu’à unequerelle de mots, nous pensons avec Descartes quel’intelligence a la faculté de s’élever par elle-même ,sans intermédiaire, à certaines vérités , principes detoutes les autres. Ces vérités là , le doute ne les pré-