CHAPITRE PREMIER.
LE DOUTE; •
Le doute , c’est l’ignorance absolue , unie au désirde savoir.
Nous ajoutons ces derniers mots, de peur que l’onne confonde le doute avec l’indifférence. L’indiffé-rence ignore aussi, mais par choix.
Annibal a-t-il passé les Alpes au col de Suze., ouau grand St.-Bernard ? — Je ne sais, mais je vaischercher. — Je ne sais, mais que m’importe ?
Ces deux réponses sont bien différentes.
L’indifférence est un état de quiétisme ; le douteun état d’inquiétude.
Le premier de ces états peut durer, parce qu’iln’est pas l’inertie absolue : l’indifférence n’est querelative à de nouvelles recherches qui pourraienttroubler la jouissance des vérités acquises. L’in-différent se contente de ce qu’il sait, sans s’inquié-ter de ce qu’il ignore.
Le second état ne peut durer, c’est l’inertie :l’homme qui ne sait pas et voudrait savoir, est uncaptif qui rêve à la liberté , les fers aux pieds : c’estun malheureux. Il faut sortir du doute , fut-ce parl’erreur.Car enfin, l’erreur même est un aperçu quel-conque : l’imagination peut lui donner un instant doréalité. Le doute, c’est le néant dans la pensée.philosophie. 8