PREMIÈRE PARTIE. io3
l’idée dont il veut frapper Verrès. Le reste ne prouverien.
Je suis est dans les deux locutions la pensée secon-daire , la chose inutile. La pensée principale, cellequi devance toutes les autres dans l’âme de Mulius,dans celle de Gavius, est justement celle que la languefrançaise ne peut exprimer la première. Et pourtantun Français sentirait ici comme un Romain. UnFrançais ! penserait-il ; c’est un Français qui est de-vant toi... Un citoyen l c'est un citoyen que tu at-taches au gibet ! et il lui faudrait pour parler salangue , bouleverser l’ordre de ses idées. Qu’on ac-cuse après cela les langues anciennes d’inversion !
Toutefois, n’exagérons rien : il est hors de douteque les tournures anciennes ne furent pas toujoursdétei’minées par l’ordre de la pensée; ce n’est pas là,ce que nous avons voulu dire. Des besoins de mélo-die, des règles d’harmonie sur lesquelles nous n’a-vons que de très-imparfaites notions, ont amené peuà peu, ont établi des combinaisons dont on cherche-rait en vain la raison logique. Chez les Anciens, lespoètes ont les premiers manié la langue, et les poètes,chantaient. Nous avons voulu seulement combattrel’opinion qui fait de la langue française l’idiome leplus philosophique, celui qui reproduit le mieuxtoutes les nuances de la pensée. Pour traiter à fondcette question, il aurait fallu accumuler de nombreuxexemples : nous n’avons pu qu’indiquer le moyende l’éclaircir, et nous persistons à croire que leslangues grecque et latine, exemptes des entraves de.