PREMIÈRE PARTIE.
99
la tentative , on aurait plus tôt réformé toutes leslangues humaines que l’on n’aurait changé l’esprithumain.
Néanmoins, il faut l’avouer, nos langues moder-nes , presque toutes fabriquées avec les débris desidiomes anciens, leur sont bien inférieures sous cerapport; et pour chercher l’origine de l’idée dans lacontexture du mot, il faut sans cesse s’expatrier, etdemander aux vieux Romains, aux vieux Grecs lesens des syllabes qu’ils nous ont léguées. Et encore,combien de fois arrive-t-il que l’étymologie détruitla signification ! en voici deux exemples, que le com-mencement de cet ouvrage nous oblige de citer.
Qu’est-ce que Philosophie ? Amour de la sagesse ,répondent bien des livres, en consultant la formedu mot. Mais qui devinerait, dans cette définitionfrançaise, le sens grec des mots ÿïXeiv et aotpia, senssi juste, si applicable à la science qu’ils indi-quaient ? <pileiv, ce n’est point seulement aimer ,mais rechercher, faire tous ses efforts pour posséder.Littus ama , dit Gyas à son pilote dans l’Enéide.2oÿfa, ce n’est point la sagesse, c’est la science , laraison dans la pratique , l’ordre le plus parfait dansla pensée et dans les actes qu’elle produit. Dites-moitout cela, et je comprendrai ce que cherche la phi-losophie.
Métaphysique J mot barbare, épouvantail de l’es-prit ! quelle idée lui présentes-tu? aucune. Je de-mande le récit de ta naissance, et je n’aperçois qu’uneforme fantastique, indéfinissable , qui s’agite dans le
* 7