PHILOSOPHIE.
9 8
eux des rapports de génération , de dépendance, decombinaison: nul doute que ces rapports ne suivis-sent ceux des idées. Mais qui pourra fixer à chacunl’origine et tracer la liaison de ses idées ? qui pourradire : voici les analogies que les langues auraient dûobserver, représenter ?
Dans la génération mutuelle des signes d’abord,c’est impossible ; c’est même inutile. Voyez les lan-gues anciennes, beaucoup plus riches que les nôtresen analogies dans la formation des mots. Pi’enezquelques-unes de ces analogies, les plus parfaites sivous voulez ; eùJaipwv (qui a un bon génie), fortu-natus (celui qui a des richesses), beatus (bien né ,benè natus), prosperitas (la x’éussite des espérances),successus (la victoire remportée sur les obstacles,sub-cedere ), securitas (l’absence des soucis), evvotot(le bon état de l’esprit), etc. ; tous ces mots, fortbienfaits, indiquent des nuances, des conditionsdu bonheur : lequel doit exprimer cet état de l’âme ?Chacun va choisir selon ses goûts : l’ambitieux verrasou bonheur dans le succès ; l’homme religieux dansles bonnes inspirations de son génie ; le superstitieuxdans l’heure de sa naissance; le spéculateur dans lesrichesses ; l’épicurien dans le repos ; le sage dans lecalme de l’esprit. L’analogie des idées dans l’un nesera pas l’analogie des idées dans l’autre, et vousaurez beau imposer à tous le même signe, vous nelui imposerez pas vos goûts , vos raisonnemens. Biendes erreurs viennent du langage sans doute, maisbien plus encore des passions, et malgré la folie de