PREMIÈRE PARTIE. §7
Le fait est que nous n’aurons pas parlé de la mêmechose; que l’un aura dit six , l’autre vingt : quelleopération pouvions-nous faire ensemble ?
Discutez donc après cela sur les mots public , li-berté , honneur, romantisme!... et lé philosopherira, comme tout le monde rirait en écoutant desfous qui tous s’évertueraient à crier : deux et deuxfont cinq ! deux et deux font sept ! deux et deux fontquatre-vingt-dix ! et parcourraient toute l’échelledes nombres, sans pouvoir jamais rencontrer le:deux et deux font quatre.
A qui la faute? aux langues, c’est-à-dire , auxhommes, à nos pèresi
Delicta majorum immeritus lues.
Mais si l’on ne peut réformer ce vice dans leslangues, chacun peut du moins, chacun doit le ré-former dans la manière dont il les emploie, c’est-à-dire , analyser ses idées, se rendre compte par con-séquent , autant que possible, du sens des mots dontil se sert, et ne jamais s’en écarter , une fois qu’il sel’est fixé à lui-même. Il en résultera, il est vrai, unpeu plus de silence dans la société, un peu moinsde livres dans le monde : mais aussi beaucoup moinsde calomnies, de jugemens téméraires , d’opinionsfolles, de frivoles discussions , d’erreurs, de sophis-mes , de partis, de guerres : hélas ! et peut-être aussitrop d’arithmétique, et plus assez d’illusions, depoésie, et de bonheur.
2. Les mots une fois choisis, il fallut établir entréphilosophie. ■ 7