IO
PHILOSOPHIE.
4- Autre observation. Quand je dis que touthomme a les mêmes sentimens , j’entends , nonpas qu’il les possède tous à la fois et toujours, ceserait une folie ; mais que chacun est appelé par sanature à les avoir , sous la condition des circon-stances qui les nécessitent. Or ces circonstances va-rient selon les individus ; elles développent dansl’un le germe qu’elles étouffent dans l’autre. Il esttrop clair qu’un homme qui n’a pas d’enfans nesentira pas les jouissances de l’amour paternel :est-ce une raison pour que ce sentiment ne soit pasdans sa nature ? c’est comme si l’on disait : il n’estpas naturel de voir, car il y a des aveugles. Je n’en-tends pas non plus que chacun de ceux qui leséprouvent , les éprouve aussi vivement : non ; il ya des hommes plus sensibles que d’autres : expres-sion plus forte , image mieux tracée de la naturehumaine, ils servent de type au moraliste qui veutla peindre : convives mieux placés au grand banquet,ils sont abreuvés de plus d’amertumes ou rassasiésde plus de délices. Quelle que soit la cause de cettedifférence , elle existe ; et c’est ce qui fait que leshommes, en se servant des mêmes mots pour expri-mer leurs joies ou leurs douleurs , parlent cependantdes langues si diverses.
5. Quant aux rapports du sentiment avec l’organi-salion, nous aimons mieux avouer notre ignoranceque d’adopter des systèmes qui nous semblent bi-zarres. Nous concevons fort bien les causes physi-ques de la myopie , de la surdité ; mais nous ne com-