PREMIÈRE PARTIE. g
3. Puisque le sentiment est involontaire , il n’estpas libre.
S’il n’est pas libre, il n’a ni mérite ni démérite.
Hâtons-nous de nous expliquer.
Une mère n’est pas libre de ne pas aimer son en-fant , Dieu le veut ; l’amour maternel est le grandsecret de la création. Ce n’est donc pas la mère quej’admire dans cet amour, ce n’est pas elle que jeloue : en bénissant cet instinct sublime, je ne bénisque la Providence.
Mais qu’on ne l’oublie pas : nous sommes ici surune division idéale, sur la pointe d’une abstraction,et déjà je renvoie à ia page 2 de mon livre. Nousparlons d’un sentiment, et jamais l’homme ne faitseulement que sentir : il réfléchit, il agit sans cesse ;nous le prouverons. La mère a donc la consciencede cet instinct ; sa raison , - qu’il a plu au Créateurd’élever à la hauteur de sa sensibilité, conçoit l’a-mour maternel et suit librement ses divines inspi-rations. Elle fait du bien à son fils, et c’est elle quej’approuve : elle se sacrifie pour lui . et c’est elleque j’admire. Ou, par une fureur criminelle, cettemère, qu’on appelle justement dénaturée , laisse oumême fait périr la pauvre créature dont la vie luiétait confiée ; et alors c’est elle que je maudis, elleque je rejette avec horreur parmi ces monstres dontma pensée refuse de comprendre l’existence.
Ce n’est donc pas le sentiment qui est louable ,mais l’action conforme à ce sentiment, et elle estlouable , à cause de cette conformité.