ÉCOLE DE CRÉMONE. 363
construit le magnifique hôpital de Milan. Jamaispeut-être on n’avait vu un accord si parfait dupouvoir temporel et du pouvoir spirituel. C’étaitcomme le reflet ou la prolongation d’un accordqui remontait aux sources mêmes de la vie ets’était fortifié de la corrélation qui existe entrel’héroïsme et la sainteté.
Ce contraste harmonique se trouve même parmiles femmes de cette famille privilégiée. Quellereine ou quelle impératrice fut plus héroïquementtrempée que cette Catherine Sforza de Forli? Et,d’un autre côté, quelle âme fut plus saturée desentiments pieux et plus détachée des vanités dumonde que Battista Sforza, duchesse d’Urbin, quicependant vécut entourée de tant d’amour et degloire? Aussi sa sainteté ne fut-elle pas l’effet dudésenchantement progressif de la vie. Pille avait,presque dès son enfance, édifié par de précocesvertus la cour du grand Sforza, son oncle, autantqu’elle l’avait ravie par sa précoce intelligence ;et, quand elle prit son essor vers les montagnesde l’Ombrie, une autre merveille, Ippolita Sforza,propre fille du duc deMilan, remplit, comme objetd’admiration, le vide qu’elle avait laissé. Initiéeaux lettres grecques et latines par les plus habilesmaîtres du temps (i), si parfois elle se passionna
(1) Ce fut pour elle que le réfugié grec Constantin Lascaris