352
l’art chrétien.
faire saluer, par des acclamations unanimes, l’a-vénement de Frédéric Borromée; mais il avait parlui-même tout ce qui était propre à exciter et ànourrir l’enthousiasme de ses ouailles. Le romanle plus justement populaire qui ait paru dans lexix e siècle (i) a depuis longtemps familiarisé meslecteurs avec cette figure douce et imposante, mé-lange admirable de qualités fortes et de qualitésattrayantes, pasteur infatigable à ramener les bre-bis égarées, apparition vraiment céleste dans lescalamités affreuses qui vinrent dépeupler sa pa-trie. Mais cet éloquent tableau où l’héroïsme dela charité prend des proportions surhumaines, etqui fait si bien apprécier le cœur et le caractèredu héros, ne le révèle cependant pas tout entier.Frédéric Borromée, par un privilège rarement ac-cordé aux plus belles âmes, pouvait faire marcherde front le culte du vrai, du bon et du beau, et,malgré le tribut presque inévitable qu’il paya quel-quefois au mauvais goût de son époque, surtoutpendant son séjour à Rome et à Bologne, ses no-tions esthétiques se ressentirent de la pureté de sonimagination. Son tort fut d’avoir eu trop de défé-rence pour les opinions dominantes, et de s’êtreainsi laissé imposer des artistes comme PellegrinoTibaldi et Procaccini (2), pour déshonorer ses
(1) Les Fiancés de Manzoni.
(2) Ce fut saint Charles Borromée qui chargea Pellegrino Tibaldi