303
1ÎCOLE DE BERGAME.
composition était beaucoup trop chaste pour unsouverain qui ne voyait dans l’art qu’un aiguillonou un assaisonnement au sensualisme le plusgrossier. Il est arrivé à Moretto, comme à Fran-cia, comme à Botticelli, comme à Raphaël, dansses jours d’innocence, de tracer des figures nuesen traitant des sujets mythologiques; mais il y amis, sinon toute la naïveté, au moins toute ladécence dont de pareils sujets étaient suscep-tibles.
U y aurait eu aussi trop d’impudence à per-vertir ainsi le sens d’une des plus belles légendesque l’iiistoire des premiers chrétiens nous aittransmises. Si ce ravissant tableau est un souvenird’amour, ce ne peut être que le souvenir d’unamour vaincu, vaincu par la pureté dont l’uni-corne est l’emblème, vaincu par le signe de lacroix, dont l’héroïne s’arme contre son tentateurbientôt converti lui-même, et converti jusqu’aumartyre.
Mais, quelque précieux que soit ce chef-d’œuvre , tant sous le rapport de l’inspiration quesous celui de l’exécution, il en est un qui joue unrôle plus intéressant dans la vie de Moretto, etqui suffirait à lui seul pour lui assigner une placeéminente dans l’histoire de l’art chrétien : c’est laMadone miraculeuse qu’il peignit, en 1 533,pour satisfaire la dévotion de ses compatriotes et