BERNARDINO LUINI. 255
soin d’être initié à d’autres mystères que ceux dela poésie.
Cette œuvre, si naïve et si pure, appartient évi-demment à sa première manière, ainsi que laplupart des fresques qui se trouvent à l’entrée dela galerie de Brera. Il y en a qu’on pourrait re-garder comme des produits de décadence , si l’onne savait qu’elles ont été exécutées dans la jeu-nesse de l’auteur ; il y en a d’autres qui, tout enfaisant partie du même cycle, annoncent unesprit plus mûr et un pinceau plus exercé. Cetteinégalité se remarque surtout dans l’histoire de laVierge, où toute la partie de la légende qui pré-cède son Mariage avec saint Joseph semble avoirété traitée sans verve, à la manière des peinturesde remplissage; mais quand l’artiste arrive ausujet si populaire du Sposalizio , et cpi’il se voitobligé d’entrer en lice avec des concurrents aussiredoutables que Pérugin et Raphaël, il cède audouble aiguillon de l’émulation et de l’inspira-tion; et, s’il n’atteint pas les hauteurs mystiquesde ses deux modèles, du moins il ne se traîne passervilement sur leurs traces , et il substitue à leurcomposition, devenue presque traditionnelle, uneordonnance moins imposante et moins symé-trique, mais dans laquelle il a su introduire plusde mouvement et de vie.
Les tableaux qu’il peignit vers la même épo-