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l’art chrétien.
carrières respectives, des contrastes non moinsfrappants que dans leurs caractères. Léonard,placé sur un grand théâtre, encouragé par le pa-tronage intelligent des trois souverains qui se suc-cèdent en Lombardie, et compensant le petitnombre de ses oeuvres par leur extrême perfec-tion, se voit payé, pour chaque coup de pinceau,par un nouveau tribut d’admiration, et règne pen-dant près de vingt ans sur l’école qu’il a fondée,Luini, venu dans de mauvais jours et ayant sansdoute sa large part dans les souffrances publiques,semble avoir principalement pour patrons ceuxqui pleurent et ceux qui prient, et comme tous lesfléaux viennent l’un après l’autre ou simultané-ment accabler la ville de Milan, cette source desaintes, mais sévères inspirations ne court pasrisque de lui manquer. Voilà ce qui explique lafécondité vraiment prodigieuse dont l’artiste fitpreuve, pour satisfaire les âmes pieuses en qui lemalheur ravivait l’amour du beau en même tempsque l’amour du bien. Voilà ce qui explique en-core la douce et profonde mélancolie qu’on re-marque quelquefois dans ses têtes de vierges, etqui leur donne, au point de vue religieux, uneincontestable supériorité sur celles de Léonard. Jeme contenterai d’en signaler deux dans la collec-tion peu nombreuse, mais bien choisie, du palaisBorromeo à Milan. Dans l’un, l’Enfant Jésus est