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L ART CHRETIEN.
sure et la tournure de ses facultés naturelles, ilest certain que nul n’a exploité aussi heureuse-ment et aussi largement que lui l’héritage laissépar le grand maître à son école; et si j’ajoutequ’au point de vue artistique, nul n’a poussé aussiloin que lui le culte de Léonard, je me hâterai d’ymettre une restriction importante : c’est que,dans Luini, ie sentiment chrétien domine le sen-timent de l’art, et que la grâce qui respire dansses compositions religieuses est presque toujoursexempte d’affectation ; et cependant il ne se las-sait pas de copier les œuvres de son modèle , oude mettre la dernière main à celles qui n’avaientété qu’ébauchées, soit pour se pénétrer de sonesprit, soit par l’effet d’une admiration désinté-ressée. Pour juger de la qualité des produits aux-quels cette fusion donnait lieu, il suffit de voir,dans la collection de l’Ambroisienne à Milan ,cette sainte famille dont le cardinal FrédéricBorromée parle avec tant d’enthousiasme (i),et qui passait alors pour la production la plusparfaite du pinceau de Luini. Mais , outre l’in-fluence directe ou indirecte de Léonard, il fautencore tenir compte de celle qu’exerça sur lui
(I) Tabula quam nos satis magno pondéré auri animas, existi-mantque pictores nihil ab artifice illo factum fuisse perfeciius.Le type do l'Enfant Jésus est pris sur une terre cuite de Léo-nard.