544
r/ART CHRjhrRS’.
piété de ses compagnes, car le couvent était pleinde ses œuvres, et même on lui avait fait aborder unetâche qui semblait, plus qu’aucune autre, demanderun pinceau viril. On lui avait fait peindre dans leréfectoire, et de grandeur naturelle, le Christ célé-brant la Cène avec ses apôtres, et l’on comprendquelles tribulations lui auraient suscité ces typesmajestueux et sévères, et surtout le type de Judas,s’il avait fallu le chercher sur ces visages où labeauté de l’âme reluisait même à travers l’irrégula-rité des traits, et qui n’étaient pas moins impuis-sants à exprimer la noirceur que la bassesse (i).Heureusement on avait la ressource de l’importa-tion, tant en dessins qu’en tableaux, ressource d’au-tant plus légitime, aux yeux de Plautilla et de sessœurs, que c’étaient presque toujours des artistesDominicains, et surtout Fra Bartolommeo, qui enfaisaient les frais. C’était donc comme le trésor com-mun de la grande famille, et chaque membre quise sentait appelé à le faire valoir, avait le droit d’ypuiser selon ses besoins. C’était encore l’esprit deSavonarole, bien que ce fût de seconde ou de troi-sième main ; et cet esprit était tellement vivace danscette maison, dont il était comme le second fonda-teur, qu’on ne se contenta pas d’obéir à ses pres-criptions et de vénérer sa mémoire ; il s’y trouva uneâme plus exaltée que les autres, qui n’aspira à rien
(1) Cette cène, peinte sur toile, se trouve maintenant dans le réfec-toire du couvent de Santa-Maria-Novella.