distribués. Voilà le motif sur lequel l’artiste s’estmontré inépuisable en combinaisons et a exécutéune multitude de variations dont la note dominantetient à la fois de l’extase et du pressentiment dou-loureux. La tristesse produite par ce pressentimentrevêt des caractères très-divers, depuis la mélanco-lie presque imperceptible qui voile le regard, jus-qu’à l’angoisse qui l’affaisse ou l’éteint. On pourraitsignaler une série de tableaux dans lesquels cettegamme de souffrance maternelle anticipée seraitmarquée par une progression croissante qui prou-verait à quel point ce génie si profond et si originalétait maître de ses effets et de ses nuances; maispour trouver les éléments de cette espèce d’échellemusicale, il faudrait faire le tour des galeries euro-péennes qui sont aujourd’hui presque toutes pour-vues d’une ou de plusieurs productions de Botti-celli; tant la place qu’il occupait dans l’histoire del’art, et surtout de l’art chrétien, a grandi depuisvingt-cinq ans! (îj On peut voir, dans une deschambres du palais Pitti , celle de toutes sesMadones dont le visage est le plus voilé ou plutôtle plus assombri par la tristesse. La Vierge s’inclinepour abaisser l’Enfant Jésus jusqu’au petit saintJean qui parait vouloir s’élancer de terre pour l’em-brasser ; et c’est dans le contraste entre ce mouve-ment de tendresse enfantine et l’altération des traits
(I) En Angleterre) seulement, il n’y a pas moins de dix tableauxleprcscntant la Vierge et l’Enfant Jésus, avec une ou plusieurs liguresaccessoires. Lo plus beau est dans la galerie nationale.