DISCIPLES DE SAVONAROLE.
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vement à des passions d’un autre genre : je veuxdire qu’il eut des accès de jalousie et d’humeur in-tolérante contre ceux qui, en dépit de leur incom-pétence, s’avisaient de toucher à son idole, et onle vit un jour apostropher, en plein tribunal, unpauvre ignorant coupable de ce délit, et demanderaux juges s’il ne fallait pas être hérétique et mêmequelque chose de pis* pour s’ériger ainsi en com-mentateur du divin poème et pour oser prendreen vain le nom d’un si grand homme !
Si Vasari parle si dédaigneusement de cette pré-dilection innocente de Botticelli, on comprend qu’ilflétrisse, en termes encore plus sévères, son enthou-siasme pour Savonarole. Aussi va-t-il jusqu’à direque la pauvreté, conséquence nécessaire de ce dé-lire, précipita l’artiste dans les plus grands désor-dres (i); ce qui veut dire, dans la phraséologie ducourtisan, qu’il se privait volontairement des dou-ceurs attachées à la pratique de la prudence et desautres vertus utiles que le biographe savait si bienpratiquer lui-même (2).
Ainsi Botticelli, enthousiaste des grandeurs su-rannées et compromettantes, n’eut point l’estime deVasari; mais il eut celle de l’élite de ses contem-porains, et nous avons déjà remarqué ailleurs qu’ilest le seul à qui Léonard de Vinci ait donné, dans
(1) Non avendo entrate da vivere, précipité in disordine gran-dmimo.
(2) Vasari, dans sa première édition, qualifiait de bestialité l’ad-miration de Botticelli pour Savonarole.