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l’art chrétien.
produit de tous ces sacrifices volontaires fut portésur un bûcher qui avait été dressé sur la place pu-blique, et exposé aux regards des citoyens commedes dépouilles remportées sur les puissances infer-nales. On y voyait des recueils de chansons licen-cieuses, avec les instruments dont on avait coutumede s’accompagner en les chantant, des monceaux degravures indécentes et de portraits où la pudeur n’é-tait pas respectée dans le costume, les contes deBoccace et autres compositions du même genre, leMordante de Pulci, et toutes les autres épopées bur-lesques où d’aventureux libertins étaient substituésaux héros des anciens romans de chevalerie, lespoésies érotiques de l’antiquité classique et cellesqui avaient été composées par imitation ou autre-ment, tant en langue latine qu’en langue vulgaire;enfin une multitude de peintures et de sculpturesd’un très-grand prix, que leurs auteurs ou leurspossesseurs venaient offrir en holocauste sur cet au-tel de purification ; et bien qu’il parût à peu prèsimpossible d’ajouter quelque chose à la pompe siimposante de la première procession, celle-ci néan-moins produisit encore plus d’effet sur le peuple,d’abord parce qu’elle avait lieu le jour même du car-naval et qu’elle attestait hautement la puissance ma-gique de Savonarole sur les habitudes les plus invé-térées, ensuite parce que l’ordonnance même de lafête avait été plus habilement conçue que la pre-mière fois : tous les arts chrétiens avaient été mis àcontribution pour en rehausser la magnificence, et