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l’art chrétien.
crifice n’était jamais si douloureux que quand ilfallait se défaire de quelque image de saint ou d’unlivre pieux orné de miniatures (i). Dans le cou-vent modèle qu’il se proposait de fonder à Florenceet qui était une utopie aussi chère à son cœur qu’àson imagination ( 2 ) , les frères convers devaients’occuper particulièrement d’ouvrages de sculptureet de peinture, et placés ainsi tout près du sanc-tuaire à la source des inspirations les plus pures, ilsdevaient être là comme des vestales préposées à lagarde du feu sacré. Il savait par sa propre expériencecombien le pinceau des artistes véritablement chré-tiens pouvait aider l’âme à secouer ses langueurs etfaciliter ses aspirations vers Dieu; car souvent onle voyait à genoux passer de longues heures enoraison devant une image du crucifix dans l’églised 'Orsanmichele (3). Il y a plus, c’est qu’on peut af-firmer, sans crainte d’ètre démenti, que sa théoriedu Beau , telle qu’elle est exprimée en fragmentsépars dans quelques-uns de ses sermons, surpasseen originalité comme en profondeur tout ce que lesécrivains du même siècle ont dit sur ce sujet, en ré-pétant plus ou moins servilement les trivialitésd’Aristote ou deQuintilien. Sans m’arrêter à ses dé-
(t) Burlamachi, pp. 58, 59.
(2) /dem, pp. 70, 71. — Il en est aussi question dans la péroraisondu sermon pour le dimanche de Quasimodo. Le couvent devait ren-fermer deux cents moines d'élite, qui seraient placés dans Florencecomme un centre de lumières pour éclairer l’Italie.
• (3) Bartoli, Apologie de Savonarole, p. 7.