SAVONAROLE.
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profanation commise par le moine Lippi se renou-velait tous les jours, c’est-à-dire qu’à la place de laMadone, de la Madeleine et même de saint Jean, onmettait dans un tableau d’autel des portraits dejeunes filles le plus souvent trop connues, autourdesquels se pressait, sans respect pour le saint sa-crifice, un concours bruyant de curieux et de pro-fanes (i).
Dans ces sortes de représentations tout était cal-culé de manière à dépraver l’imagination des spec-tateurs. Des nudités attrayantes y étaient étaléessans pudeur, et non-seulement on n’y observait pasle costume traditionnel de la Vierge et des saintesfemmes, mais celui qti’on leur donnait les faisaitressembler à des courtisanes. C’était le reprocheque Savonarole adressait aux peintres avec l’accentde la plus véhémente indignation, leur demandantde quel droit ils venaient étaler ainsi leurs vanitésdans les églises, et ne croyant jamais leur avoirassez dit que la sainte Vierge s’en allait vêtue sim-plement et modestement comme une pauvre fille,et que la beauté céleste de son visage était commele reflet de la sainteté de son âme, ce qui faisait direà saint Thomas que jamais aucun homme ne l’avaitregardée avec des yeux de concupiscence ( 2 ).
Il paraît que ce genre de licence avait déjà causébien des ravages, puisque Savonarole affirmait que,
(1) Sermon du samedi après le II e dimanche de Carême.
(2) lo vi dico ch’ ella andava vestita corne poverella semplice-nente e appena segli vedeva il viso... Voi fate parer la Vergine