SA.VONAROLK.
409
les habitants des villes et des bourgades voisines dé-sertaient leurs demeures, et les rustiques monta-gnards descendaient des flancs de l’Apennin pourse diriger vers Florence, où des flots de pèlerins seprécipitaient tous les matins quand on ouvrait lesportes aux premiers rayons du soleil , et où ilsétaient retenus par la charité vraiment fraternelledont ils devenaient l’objet; car c’était à qui leurrendrait les devoirs de l’hospitalité chrétienne : onles embrassait dans la rue comme des frères, mêmeavant de savoir leur nom, et il y eut des citoyenspieux qui en recueillirent jusqu’à quarante à la foisdans leur maison ( i).
Quand on pense que cet enthousiasme se soutintpendant sept années consécutives, qu’il fallut prê-cher séparément aux hommes, aux femmes et auxenfants par l’impossibilité de les admettre tous en-semble dans le dôme, que tous ces succès inouïsétaient obtenus au milieu des cris de rage pousséspar la faction des ti'edes (2), qui le dénonçaient tousles jours à la cour de Rome et le menaçaient haute-ment de la potence, on ne sait plus ce qu’on doit leplus admirer dans Savonarole, ou son inépuisablefécondité comme orateur évangélique, ou la facilitéde son âme à s’élever au-dessus de la région destempêtes populaires, ou sa confiance vraiment sur-
(1) Burlamachi, p. 39.
ri) C’était le nom qu'on donnait aux adversaires de Savonarole;ses partisans étaient appelés piagnoni ou pleure urs.