334
l’art chrétien.
d’hiver, sa femme, cédant à un mouvement de ten-dresse ou de pitié, l’invitait à remettre son travailau lendemain. Dans la naïveté de son enthousiasmeil lui disait toujours : « O ma chère ! si cous saviezcombien la perspective est une douce chose ! » et ja-mais elle ne put tirer de lui d’autre réponse. Il étaitplus qu’octogénaire quand il mourut en 1479.
Son ami Dello, dont il a mis le portrait, sous lafigure de Cham, dans la fresque où est représentéel’ivresse de Noë, avait aussi commencé sa carrièrepar la sculpture, probablement sous les auspicesde Donatello, dont il reproduisit ou imita plusieursfois les compositions. Le plus grand ouvrage qu’ilexécuta, comme peintre, furent les fresques du pre-mier cloître de Santa-Maria-Novella, qui n’ont pasété plus épargnées par le temps et par les hommesque celles de Paolo Uccello lui-même. Autant qu’onen peut juger par deux ou trois compartimentsmieux conservés que les autres, Dello avait porté,dans l’accomplissement de sa tâche, des qualitéssupérieures à celles de son collègue, comme onpeut le voir dans quelques fragments de l’his-toire de Jacob et d’Esaü, où l’on aperçoit un pro-grès très-marqué sur les douze compartiments queremplissent les principaux faits de la vie d’Abra-ham (i).
Mais ce travail, malgré son étendue, ne figureque
(1) Voir le Supplément à la Vie de Dello , dans la nouvelle éditionde Vasari, vol. III, p. 51.