LA. RENAISSANCE ET LES MÉDICIS. 333
ras. » Après que cette attente eut duré quelque temps,il vit enfin luire le jour de son triomphe, et il semit, plein de confiance, à la merci de son juge;mais à peine ce dernier eut-il jeté les yeux sur lefruit de ce pénible enfantement : « Oh ! mon ami,s’écria-t-il, tu découvres précisément quand tu de-vrais couvrir. » Cet arrêt sorti d’une bouche si com-pétente plongea l’artiste dans un incurable décou-ragement, et ne lui laissa plus, pour le reste de sesjours, d’autre consolation que la perspective. Je metrompe, il trouva moyen de s’en donner une autre,en plaçant devant ses yeux les portraits des quatreplus grands artistes que Florence eût produits,c’est-à-dire Giotto, Brunelleschi, Donatello et lui-même; et il y joignit celui du savant Manetti, quilui avait donné des leçons de perspective, et qui,à ce titre, lui paraissait digne de passer à la pos-térité.
Dans ses vieux jours, cette passion de la pers-pective prit le caractère d’une véritable maladie, etson imagination, à la fois tendue et embrouillée parcette préoccupation exclusive, ne lui permit plusde voir, dans la peinture, autre chose que la pers-pective. Il s’enfermait pendant des semaines entièresdans son atelier, supportant avec joie les inconvé-nients de la solitude et de la pauvreté, pourvu qu’ileût la satisfaction de vaincre les difficultés de sonart. En vain Donatello lui répétait-il souvent : « Monpauvre Paolo, ta perspective te fait quitter le certainpour l'incertain. » En vain, dans les longues nuits