XXIV
l’art chrétien.
l’aigle sur la main gauche (1), eût pu figurer, ne fût-cequ’à titre de conquête, dans le temple du Capitole, siles Romains avaient cherché, avant tout, ce qui ré-pondait le mieux à l’idée qu’ils se faisaient du souve-rain des dieux ; mais dans tout ce qui sc rapportait àla religion nationale, ils attachèrent toujours plusd’importance au symbole qu’à la forme, et cela parutmême dans les emprunts qu’ils firent aux religionsétrangères, par exemple quand ils firent venir de l’AsieMineure cette statue de Cybèle qui n’était qu’un blocinforme, et qui ne put être introduite que par le mi-nistère d’une vestale.
Il y avait une autre divinité dont le culte leur étaitplus particulièrement imposé par des traditions locales,et dont la statue colossale, sculptée par Polyclète pourla ville d’Argos, avait été souvent reproduite, mais enplus petites dimensions, par les sculpteurs des âgespostérieurs (2). C’était Junon. Malgré la place éminentequ’elle occupait dans la hiérarchie mythologique, cetidéal n’avait jamais pris le même ascendant que celuide la Minerve, sur l’imagination des Grecs, soit à causedu rôle peu poétique que joue parfois dans l’Iliade l'é-pouse de Jupiter, soit à cause de son caractère tropexclusivement matronal; mais la première de ces ob-jections n’existait pas pour les Romains, et, quant à laseconde, ils songèrent si peu à la corriger, qu’au con-
(1) O. Muller, Handbuch der Archdologie derKunst, p. 513.
(2) La plus belle de ces reproductions se trouve à Rome, dans lavilla Ludovisi.