XXIX
l’art chrétien.
rapport de l’exécution technique, il serait impossibled’imaginer quelque chose de plus parfait, et, sous lerapport de l’inspiration, cette œuvre surpasse toutescelles qui nous restent de la longue période de déca-dence entre le siècle d’Alexandre et celui d’Auguste,ce qui ne veut pas dire qu’elle soit absolument irrépro-chable ; car ni sa pose ni son mouvement ne satisfontpleinement des yeux familiarisés avec le style simpleet grandiose de l’école de Phidias ; mais, outre la per-fection du travail et la beauté des formes, il y a, dansl’Apollon du Belvédère, une sorte de traduction vivanted’un mythe que l’art grec avait trop négligé, mêmedans ses beaux jours. Le serpent symbolique sculptésur le tronc d’arbre qui lui sert d’appui, nous dit surquel ennemi le dieu vient de remporter la victoire sibien exprimée dans tous ses traits et presque danstous ses muscles. Il n’y a pas besoin d’une longue mé-ditation pour saisir le rapport qui existe entre cettevieille tradition hellénique, et le triomphe des anges delumière sur les anges de ténèbres. Le pendant de l’A-pollon Pythien dans l’art moderne, c’est le saint Michelperçant le dragon de sa lance, pour le précipiter dansl’abîme.
Une sorte de tristesse involontaire se mêle à l’admi-ration qu’excite en nous ce chef-d’œuvre, sculpté surune terre étrangère et pour un maître étranger, par unartiste qui n’était pas libre et dont la patrie l’était moinsencore (1). L’abondance même des modèles dont il
(1) Voici co quo dit Cicéron dans une de ses harangues contre