INTRODUCTION.
XXI
seule aurait osé ajouter ou retrancher quelque chose,ces deux divinités furent d’abord condamnées à unesorte d’infériorité esthétique par suite du respect mêmequ’elles inspiraient : et, pour ce qui concerne Apollon,sa statue colossale à Délos, plus sévère, plus virile queles subséquentes, et surtout moins svelte dans ses pro-portions, conserva longtemps son empire sur l’imagi-nation populaire, que les artistes n’osaient pas encorebraver. Un des premiers à secouer le joug de la tradi-tion, au profit de la beauté des formes, fut ce mêmePraxitèle sous le ciseau duquel l’idéal de la Vénus dis-parut irrévocablement du domaine de l’art grec, etpour qui le symbole n’était rien auprès du charme desnudités voluptueuses. Le type d’Apollon devint doncentre ses mains une espèce de variante du type de l’a-mour (1), et le sens primitif du mythe relatif au dieude la lumière, inspirateur des neuf Muses et vainqueurdu serpent Python, resta, pour ainsi dire, enfoui jus-qu’à l’époque où il fut ressuscité, en même temps quele beau mythe de Psyché, parles philosophes néo-pla-toniciens d’Alexandrie. C’est en grande partie à cetterésurrection qu’il faut attribuer le nouvel idéal de l’A-pollon, que nous représente la fameuse statue du Bel-védère, idéal inférieur sans doute à celui qu’aurait crééle ciseau de Phidias ou même de Polyclète, mais aussitrès-supérieur au type superficiel de Praxitèle. Sous le
(1) L’Apollon Sauroctonos du Vatican et l’Apollon de la Tribune deFlorence, peuvent donner une idée de la manière dont Praxitèle avaitcoutume de traiter ce sujet.