VIII
l’art chrétien.
marque une finesse qui échappe à toute description. Iln’y a pas jusqu’à la chevelure qui ne concoure à pro-duire le même effet, et l’équilibre entre le costumeguerrier de la déesse et son sexe, est si admirablementmaintenu, que, sous ce rapport seul, cette statue pour-rait être regardée comme un chef-d’œuvre.
Maintenant est-ce à l’imagination humaine touteseule qu’il faut faire honneur de cette création su-blime, ou bien faut-il chercher dans des régions supé-rieures les données traditionnelles qui avaient enfantéla légende, et la source de l’inspiration qui enfantal’œuvre d’art? Qu’est-ce donc que cette fille de Jupiter,soustraite, par un privilège spécial, aux lois ordinairesde la génération, et sortant tout armée du cerveau deson père? Que signifie sa victoire sur la Gorgone, dontla chevelure distillait des gouttes de sang douées d’unevertu miraculeuse ? et cet attribut suprême de la sa-gesse, et de la sagesse non progressive, que Phidiasavait si bien exprimé sur le fronton du Parthénon (1),n’était-il pas la formule mythologique d’un dogme de-puis longtemps perdu pour le peuple, mais entrevu etrespectueusement recueilli par la philosophie platoni-cienne ? Le secours que la déesse prête au souveraindes dieux dans ses combats contre les géants, l’oiseaunocturne qu’elle a pour emblème et qui a le don devoirclair dans les ténèbres, en un mot l’ensemble des tra-
(1) On y voyait un bas-relief représentant Jupiter qui contemplaitsa fille au moment où elle venait de s’élancer de son cerveau.