INTRODUCTION.
III
des populaires qui avaient plus particulièrement rapportà cet ordre de conceptions. L’histoire de la statue dePygmalion disait assez dans quelles régions l’artistedevait chercher la vie pour son œuvre, et l’histoire deDédale et d’Icare disait plus clairement encore à quois’exposait celui qui, après avoir fait servir son art àdes passions infâmes, veut enseigner à son fils àprendre son vol sur des ailes désormais impuissantesqui le laissent tomber dans l’abîme.
Pour arriver à la production du beau sous sa formela plus parfaite, il fallait, outre les conditions orga-niques et intellectuelles, un concours de circonstancesextérieures dont il n’y a pas un autre exemple dans lesannales du genre humain. Grâce à l’action combinéedes institutions et des traditions, une sève abondanteet même surabondante circulait dans toutes les ramifi-cations du corps social, et la gloire ou, pour mieuxdire, tous les genres de gloire favorisaient dans tousles sens l’épanouissement du génie national. C’étaitdans le v e siècle avant l’ère chrétienne, et le mouve-ment prodigieux dont je parle embrasse ce siècle toutentier. Pour ne parler que des créations qui avaientl’idéal pour objet, il y eut, dans le domaine de l’art etde la philosophie spéculative, une telle profusion dechefs-d’œuvre, fruits d’inspirations analogues, quetoutes les facultés s’en ressentirent plus ou moins, etl’historien lui-même, sans s’en douter, devint sculpteuret philosophe en traçant ses portraits ou en remontantdes effets aux causes. De cette confusion apparente,